L’Auto-Construction

Amateurs distingués

A côté des représentants de la paysannerie, des « amateurs distingués », châtelain, retraité ou facteur construisent qui pour le plaisir, qui pour rendre service aux autres. « Le facteur Gorse, habitant de la commune de Sornac en Corrèze, à la fin du siècle dernier, sabotier de son métier et facteur occasionnel, édifiait, le long des routes, des cabanes à paroi de pierre sèche et à couverture de chaume destinées à servir d’ abris et à lui-même dans ses tournées et à la communauté, dont il espérait ainsi se faire bien voir. Notre facteur, surnommé « Gorse l’ humanitaire », signait ses oeuvres d’un coq en bois sculpté, planté sur le faîte ».

Bergers

Au nombre de ces bâtisseurs, il convient de faire figurer les bergers, qui tout en gardant son troupeau ou celui d’autrui, trouvent à occuper ses bras. Des exemples rapportés témoignent de l’importante activité « auto-constructive » en liaison avec l’élevage ovin.

Cantonniers

Dans les régions où les agriculteurs construisaient des cabanes en pierres sèches, il est courant de voir les cantonniers, paysans eux-mêmes ou fils de paysans, faire appel à cette même technique constructive pour se constituer leurs abris en bordure de route. Il est évident que s’abriter était une nécessité première pour les cantonniers d’autrefois, astreints qu’ils étaient d’être sur les routes même par mauvais temps. Possibilité leur était accordée de se faire des abris, à condition, comme le précise le « livret du cantonnier » du XVIIIème siècle, que ceux-ci « soient en vue de la route…, afin qu’on puisse toujours constater leur présence ».

Chasseurs-braconniers

Le paysan construit également en qualité de chasseur. Il est alors à l’origine d’affûts ou postes de chasse en pierres sèches, généralement rudimentaires. Le braconnier aura également sa cabane mais en plus soignée, « confortable, où il cachait son fusil et d’où il partait pour ses exploits cynégétiques ». cit. Pierre Martel.

Issartiers -éleveurs

Outre des vignerons et des journaliers, on rencontre, comme « auto-constructeurs », des paysans possédant quelques ovins. Dans les Cévennes gardoises, des issartiers-éleveurs, défricheurs exploitant temporairement des parcelles de médiocre qualité et possédant un petit troupeau d’ovins, se construisaient des abris polyvalents.

Manouvriers-défricheurs

Autres grands constructeurs à pierre sèche, les manouvriers engagés dans des travaux de défrichement soit pour leur propre compte, soit pour celui de gros propriétaires. *Les grands défrichements liés à l’extension du vignoble lotois sous le Second Empire, furent exécutés par des brassiers travaillant pour le compte de vignerons-défricheurs, ainsi que l’apprennent les archives de ces derniers. Ces travaux ayant lieu en hiver, nos manouvriers se construisaient des abris ou « garriotes » dans les murs d’enclos. *A ce sujet, cf. Clavet Georges, documents pour une sociologie rurale historique, dans Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Toulouse, t. III, fasc. 4, juillet 1967, pp. 85-108, en part. p. 96 ; également LASSURE Christian, Origines et formation des paysages lithiques du Lot : la part du XIXème siècle, dans Bulletin de la Société des Études du Lot, t. XCVI, 1er fasc., Janvier-mars 1975, pp.11-14.

Vignerons

Le propriétaire d’un clos de vigne est par excellence le bâtisseur à pierre sèche. Le matériau ne manque pas, extrait qu’il est à chaque nouvelle plantation. On pourrait citer de nombreux exemples, rapportés par la tradition orale, de propriétaires de clos de vigne à la fin du siècle dernier, qui construisaient eux-mêmes leur abri ou remise à outils. Plus qu’aux activités pastorales, avec lesquelles certains ont trop tendance à l’associer, la construction à sec est liée aux activités viticoles.

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Extraits : d’après – Christian Lassure -La Tradition des bâtisseurs à pierre sèche – A.V. 1981 N°1