Situation-Parcellaire

Situation-Parcellaire

La cabane triple de la Combe du Rat se trouve sur la parcelle N° 277, section AV. du cadastre actuel (1956), mais elle n’est pas cadastrée. Par contre, la cabane voisine (A 02) est cadastrée et porte le N° 278 : ses grands dimensions, son bon état de conservation et sa situation en bordure du chemin, expliquent peut-être son inscription, comme c’est le cas pour quelques grandes cabanes de la commune de Daglan. Ceci ne démontre pas que la cabane N° 278 soit plus récente que la cabane triple qui, elle, se situe au milieu de la parcelle dans un taillis très serré d’épineux, de genévriers et de chênes.

Le cadastre ancien (1830) ne comporte aucune cabane. Le morcellement est bien sûr important, ainsi l’actuelle parcelle N° 277 est composée de trois parcelles (N° 1136, N° 1133, N° 1129 de la section E2). La notation de la nature des terrain montre l’importance des vignes, aujourd’hui toutes disparues.

Le plan de situation où nous avons reporté la cabane triple, montre que celle-ci est adossée à un mur d’épierrement édifié sur l’ancienne limite des parcelles N° 1136 et N° 1133 : ce recoupement est également vérifiable pour la plupart des murs morcelant le coteau.

Morphologie

Morphologie

Nous avions noté dans la fiche signalétique de notre recensement une absence de continuité dans l’appareillage des murs des trois cellules, d’ou l’observation sur leur édification successive.

Un relevé supplémentaire permet de préciser celle-ci : trois hiatus (murs se contrebutant sans ancrage) existent dans cette construction, rendant les trois cellules indépendantes dans leur structure. Ces ruptures sont bien visibles extérieurement et intérieurement, et ce dès la base des murs. Il est bien clair qu’il y a ici trois étapes dans la construction de l’ensemble mais l’ordre dans lequel elles se sont effectuées reste à démontrer.

Seule l’entrée actuelle (cellule A) possède un linteau de bois et conserve les traces correspondant à un battant de porte. Le passage de B à C possède une large dalle en linteau mais celle-ci ne couvre pas la totalité de la largeur des murs porteurs; à moins de modification ultérieures, cette ouverture ne semble pas être une ancienne porte extérieure, tout comme le passage de A à B, étroit, bas et légèrement encorbellé, donc sans linteau. L’observation des premières assises des encorbellements montre que la cellule C n’a pu être bâtie sans l’appui sur le mur d’épierrement sans y être incluse.

Il est possible de déduire de ces différentes observations les conclusions suivantes. Les trois cellules ont été bâties successivement dans deux ordres possibles, soit A puis B puis C, soit B, puis A, puis C. Néanmoins, plusieurs arguments tendent à prouver qu’il s’agit de la première solution : la porte d’entrée de A? le couloir de liaison se justifient vers le mur et non vers l’intérieur de la parcelle ainsi que la dénivellation intérieure entre A et B. Les passages de l’une à l’autre montrent bien qu’elles ont été prévues toutes les trois dès le début de la construction, mais les murs porteurs ainsi que les voûtes ont été édifiés l’un après l’autre.

Archives

Archives

La parcelle sur laquelle se trouve la construction appartient depuis 1974 à M. Jacques Pasquet, demeurant à Mas de Cause à Daglan.

Notre recherche dans la documentation ancienne a dû se limiter à la matrice du cadastre ancien; aucune recherche sur des actes notariés n’a pu être menée car le seul document de ce type est aussi le plus récent (1974) et ne fait référence à aucun acte préalable, si ce n’est à une date : 1956 (« Immeuble cédé par la commune de Daglan. Appartient à la commune depuis un temps immémorial, et en tout cas depuis le 1er janvier 1956 »).

Le schéma suivant, avec toutes ses interrogations, est le seul que nous puissions proposer. Jusqu’en 1899, la parcelle 1133, sur laquelle est implantée la cabane triple, appartient à Mme veuve Pierre Franc (née Lapeyre). Depuis quand?, nous l’ignorons (aucune date d’entrée dans la matrice). En 1899, cette parcelle devient la propriété de M. Pierre Despont, gendre Malaury, ceci jusqu’en 1943 ( cette parcelle n’étant pas encore rayé à cette date). Nous savons que la commune a acquis cette parcelle avant 1956, mais nous n’avons retrouvé aucune trace de ceci dans les biens communaux des années 1950, ni avant, ni après. A quelle date M. Despont a-t-il vendu? Y a-t-il eu un ou plusieurs autres propriétaires entre M. Despont et la commune? Question à ce jour sans réponse. Enfin, en 1974, la commune et M. Jacques Pasquet effectuent un échange. M. Pasquet devient le 4 avril 1974 le nouveau et dernier propriétaire de cette parcelle. En fait, rien ne nous permet de dire qui a construit, ni quand, cette cabane, ce qui est bien dommage.

Statuts

Statuts

A la suite d’une étroite collaboration avec nous, la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine a présenté en COREPHAE, le 26 novembre 1991, un ensemble de 14 constructions en pierre sèche, dont celle de la Combe du Rat. Comme toutes les autres, cette cabanes est désormais inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques par décret du 27 décembre 1991.

COREPHAE

COREPHAE

COMMISSION RÉGIONAL DU PATRIMOINE HISTORIQUE, ARCHÉOLOGIQUE ET ETHNOGRAPHIQUE D’AQUITAINE.

SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1991

PROCÈS VERBAL

EXTRAIT :
THÉMATIQUE : ARCHITECTURE RURALE
DORDOGNE – Cabanes en pierre sèche

Présentation générale

Rapporteur Pierre Moreau, documentaliste

Les cabanes en pierre sèche constituent l’une des composantes caractéristiques du paysage périgourdin. Il existe des études éparses mais ponctuelles sur ces constructions. Le choix des cabanes proposées ici à la protection au titre des monuments historiques a été établi à partir de ces études et d’une certaine connaissance du terrain, en tenant compte de l’exemplarité et de l’originalité de certaines de ces réalisations; mais à cause de leur nombre et de l’étendue de leur répartition, ce choix ne peut pas prétendre à une représentativité significative.

Ces cabanes (et non pas « bories ») sont toujours implantées dans d’anciennes régions viticoles, sur un substrat géologiques calcaire. Leur mise en oeuvre, spectaculaire ou pittoresque, a l’aide du seul matériau tiré du sol à l’état brut, souvent dans des lieux très isolés, a suscité des interprétations et des datations tout à fait excentriques.

En l’absence d’une étude archéologique scientifique de synthèse, une réflexion simple à partir de leur construction, de leur implantation et de leur fonction probable laissent penser que ces cabanes ont été bâties pour leur majorité au siècle dernier, et ne peuvent être antérieures au XVIIème siècle.

La plupart ne sont plus utilisées et restent sans entretien. Elles disparaissent rapidement par le gel saisonnier qui délite la lauze et la végétation.

Les cabanes retenus se trouvent situées pour l’essentiel dans la partie Sud-Est du département, (jusqu’à la commune de Badefols sur Dordogne qui a fait l’objet d’un recensement exhaustif avec un repérage et numérotage systématique).

Au terme de la présentation, le président souligne l’intérêt du travail effectué par le service de recensement.

M. l’architecte en chef, ajoute que les quatorze dossiers présentés donnent une intéressante avue d’ensemble permettant de dégager une typologie comprenant des cabanes à plan rectangulaire comme celle du Bourg, à plan carré comme celle de Pechménie, toutes les deux sur la commune des Eyzies et enfin de plan circulaire comme la cabane n° 30 au lieu-dit « Villeneulve » sur la commune de Badefols sur Dordogne.

M. FONQUERNIE évoque les cabanes identiques du Lot et du Nord de l’Aveyron.

M. DESGREZ précise que dans le Lot la pente du toit de ces cabanes donne une idée de leur ancienneté, les couvertures les plus basses étant les plus anciennes.

M. FONQUERNIE précise que les cabanes en pain de sucre sont des édifices à la toiture inachevée.

M. GARMY juge ces vestiges très menacés.

M. BILLA estime qu’en l’état incertain de la recherche sur ce type d’architecture vernaculaire, il conviendrait de protéger la totalité des cabanes présentées et de classer les exemples retenus par M.FONQUERIE.

M. GOUYON souligne la qualité de choix de l’échantillonnage.

M.MOREAU précise qu’un recensement systématique avait été fait à Daglan à l’initiative de la commune et qu’il s’est appuyé sur des études faites par le centre permanent d’initiation à l’environnement.

Le président fait procéder au vote.

Sont proposés à l’unanimité pour l’inscription parmi les monuments historiques, en totalité, les édifices suivants :

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabanes n° 24 et 25

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabane n° 27 au lieu-dit « Villeneuve »

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabane n° 30 au lieu-dit « Villeneuve » avec son enclos et son escalier attenants

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabane n° 34 au lieu-dit « La Fontaine de Viralet »

– CARSAC – Cabane de Peyromolle

– DAGLAN – Cabane du Mazut avec son enclos

– DAGLAN – Cabane de « la Combe du Rat »

– LES EYZIES DE TAYAC-SIREUIL – Cabane du Bourg avec les terrasses et les murs de soutènement

-LES EYZIES DE TAYAC-SIREUIL – Cabane de Pechmemie

-SAINT-VINCENT LE PALUEL – Cabale de Malevergne

– VALOJOULX – Cabane au lieu-dit « Les Cabanes »

– VITRAC – Cabane de Mazères

– VITRAC – Cabane de Pech Lauzier

Pour SAINT-ANDRE D’ALLAS (dont le maire assiste à la présentation du dossier et se dit favorable au classement), M. FONQUERNIE fait remarquer l’intérêt de l’ensemble formé par les cabanes du Breuilh et les bâtiments attenants.

La commission propose donc le classement parmi les monuments historiques des cabanes du Breuilh et l’inscription sur l’inventaire supplémentaire des autres bâtiments.

Arrété Préfectoral signé le 27/12/1991 par Le préfet de Région, Pierre Chassignaux, publié dans l’Architecture Vernaculaire Tome XV 1991, page 35.

Recensement Compte Rendu

RECENSEMENT DES CONSTRUCTIONS

À PIERRE SÈCHE DE DAGLAN

(DORDOGNE)

Parution initiale dans L’architecture vernaculaire, tome 18, 1994

Jean-Marc Caron, Recensement des constructions à pierre sèche sur la commune de Daglan, tomes 1 et 2, coll. Recueil d’architecture rurale, CAUE du Périgord, s. d. (1994), non paginé (compte rendu : Christian Lassure).

La commune de Daglan en Dordogne est bien connue des spécialistes régionaux de la pierre sèche. Les vestiges lithiques de l’ancien vignoble y ont été étudiés dans le passé par MM. Lachastre et Poujardieu (cf. notre Bibliographie de l’architecture rurale en pierre sèche du Quercy et du Périgord) (1). L’étude est reprise, avec des moyens financiers et statistiques ad hoc, par M. Jean-Marc Caron et le CAUE de Dordogne. Ces deux volumes d’une collection destinée à consigner le souvenir d’éléments architecturaux en voie de disparition, sont le premier résultat tangible d’une entreprise qui doit être étendue à l’ensemble du département.

L’auteur explique successivement la méthode employée pour l’inventaire ainsi que la terminologie adoptée. Il nous livre ensuite l’étude statistique à base de tableaux et de constats. Viennent enfin les fiches descriptives et les relevés de quelque 171 cabanes, présentées zone après zone. L’ensemble s’inspire avec bonheur de la démarche préconisée par le CERAV.

Un certain nombre d’éléments ressortent de l’étude statistique, entre autres :

– sur les 171 constructions, 138 sont des cabanes, 30 des guérites, 3 ne sont pas identifiables;

– 164 constructions sont en pierre sèche et 7 bâties avec liant;

– 12 constructions sont implantées sur des versants orientés au nord, ce qui montre que les versants nord, contrairement à une idée reçue, furent exploités;

– la majeure partie des constructions se situent dans la partie supérieure du relief de la commune, ce qui se comprend puisqu’on a affaire à des cabanes liées à la viticulture;

– l’aménagement le plus notable est la citerne, dont l’intérieur est enduit d’un mortier de ciment où est parfois gravé une date (1914, 1922) attestant que certains édifices étaient encore en usage dans le 1er quart du XXe siècle;

– si 68 constructions sont encore en bon état, 31 présentent des détériorations légères, 36 autres des détériorations importantes et 36 sont ruinées (chiffres qui augurent mal, à notre avis, de leur pérennité);

– seuls 41 édifices ont une superficie au sol notable : 15 ont entre 3 et 4 m2 de superficie, 15 autres entre 4 et 5m2 et 11 entre 10 et 15 m2;

– Le linteau en pierre est le plus courant (109 cas, contre 37 en bois), encore ne s’agit-il que de dalles calcaires;

– le plan intérieur rectangulaire est représenté par 74 constructions, le plan carré par 9, le plan trapézoïdal par 12; 51 constructions sont circulaires, 6 semi-circulaires, 11 ovales; le plan rectangulaire ou carré au sol n’entraîne pas automatiquement un plan similaire pour la voûte;

– une hauteur sous voûte comprise entre 1 et 2 m est le lot de 68 constructions; 46 ont entre 2 et 3 m, 9 entre 3 et 4 m, 9 encore entre 4 et 5 m; seules 4 constructions dépassent les 5 m;

– enfin, il n’existe pas de rapport entre la hauteur sous voûte et celle du départ de l’encorbellement.

Peut-être aurait-il fallu, en ce qui concerne le calcul de la surface intérieure et de la hauteur sous voûte les plus courantes, dissocier statistiquement cabanes et guérites, que leurs dimensions séparent trop.

M. Caron émaille ses « constats » d’observations judicieuses et de notations de bon sens :

– que les poulaillers existent partout (versants, plateaux, vallées) mais que la cabane de vigne se cantonne aux hauteurs;

– que les fenêtres sont faites pour éclairer l’intérieur et qu’elles se prêtent mal, vu leur étroitesse, au tir au fusil par les chasseurs;

– qu’il est toujours nécessaire de se baisser pour accéder à l’intérieur d’une construction;

– que la majeure partie des édifices étaient bâtis sans plan ni préparatifs exagérés;

– que la largeur de l’entrée est adaptée au linteau trouvé ou choisi en cours de construction, et non pas l’inverse;

– que les plans ne sont jamais vraiment rectangulaires ou carrés ou circulaires;

– qu’il n’existe pas de véritable rapport entre le plan au sol et la forme de la voûte;

– que l’usage d’un mât central avec cordeau est une fable, comme le montre l’absence de plan parfaitement circulaire.

En consultant les relevés, nous sommes tombé sur ce curieux poulailler au lieu dit Château de Paulhiac, dans lequel la couverture de lauses fines et retouchées repose non pas sur l’extrados d’une voûte encorbellée mais sur une charpente à poinçon avec lattis de châtaignier. Il serait intéressant de connaître les raisons pour lesquelles cette coûteuse solution a été employée. Un autre couvrement remarquable est celui d’une cabane double au lieu dit Galibert, dont les pièces sont couvertes d’un plafond de grandes dalles.

Une belle cabane à usage viticole, au lieu dit Bel Air, comporte quatre millésimes inscrits sur une grande dalle au-dessus d’une niche : 1810, 1813, 1925, 1965. Là aussi, il serait intéressant de savoir à quoi correspondent ces dates. La première est en tout cas un indice sûr de datation : la cabane ne saurait avoir été construite après 1810. La même remarque vaut pour une guérite au lieu dit Le Pech Carrefour, qui comporte les inscriptions : 1928 – 2 Aout 1869 – Le 21 Aout 1896 je pioche la terre Laetitia 12 ans. Outre le témoignage qu’elles offrent du travail des enfants, ces inscriptions disent que la cabane existe au moins depuis 1869.

On regrettera que la reproduction par photocopie de la maquette de l’ouvrage ait donné un résultat décevant quant aux photos. Dans le cas des constructions ruinées ou ensevelies sous la végétation, un simple relevé aurait d’ailleurs suffi. Sans doute la coupe verticale de la voûte gagnerait-elle à être dissociée de l’élévation de façade (n’étant pas dans le même plan vertical).

Ceci dit, les deux volumes de M. Caron témoignent d’un effort systématique, mené à bien, de consigner, avant qu’ils ne s’estompent, les vestiges de l’histoire économique rurale de la commune de Daglan.

(1) Christian et Jean-Michel Lassure, Bibliographie de l’architecture rurale en pierre sèche du Quercy et du Périgord, revue analytique et critique; suivi de Les vestiges lithiques de l’ancien vignoble cadurcien, résumé synthétique de deux monographies parues en 1973-1974, les auteurs, Panassac, 1976, 117 p.; Christian Lassure, avec le concours de Pierre Haasé, Bibliographie analytique et critique de l’architecture rurale en pierre sèche du Périgord (suite), dans L’Architecture rurale en pierre sèche, t. 2, 1978, pp. 210-225.

Voir l’article de Monsieur Christian Lassure (cliquez ici)

© Christian Lassure – CERAV

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